Alfred – 

 

Après la lecture de l’excellent Castelmaure, j’avais envie de découvrir l’univers d’Alfred autour du dessin, mais surtout, du scénario. Je mourrai pas gibier n’est pas à proprement parler une histoire originale d’Alfred, car c’est une adaptation du roman de Guillaume Guéraud, retraçant un fait divers. Mais l’appropriation d’Alfred valait bien le détour. 

Je mourrai pas gibier, où le menu se déroule par la fin

Mortagne. Petit bled paumé d’à peine plus de 1200 habitants. Deux ressources alimentent le « pays », le bois et la vigne. Si on travaille pour la scierie, on déteste les mecs qui bossent au Château. C’est comme ça. Tout le monde est chasseur, par contre, parce qu’à Mortagne, on a l’habitude de dire que, « on mourra pas gibier ». Enfin, tout le monde sauf Terence, mais c’est normal. C’est l’idiot du village, la gueule en vrac, moqué, raillé, craché, à chacun de ses passages.
Martial, c’est un ado tranquille. Il aime plutôt bien Terence, lui. Il essaye de se sortir du cercle de haine instauré à Mortagne. Mais c’est difficile quand son frère est un des meneurs de la scierie, et qu’on y bosse depuis toujours dans sa famille. Encore plus difficile quand on vient de flinguer 5 personnes…

Oserez-vous suivre Martial sur le chemin de sa folie ?
Oserez-vous suivre Martial sur le chemin de sa folie ?

Le dessin d’Alfred instaure une pression qui serre, serre, serre

Dès le début, le décor est posé. On sait ce qu’il s’est passé, ce qu’il nous faut comprendre, c’est pourquoi, comment Martial en est arrivé là. Tout au long de cette lecture malaisante qui retrace les événements, on voit poindre la folie meurtrière, et le pire, peut-être, c’est qu’on comprend. En tout cas, moi j’ai compris, et ça m’a beaucoup dérangé. 

J’ai trouvé cette BD incroyablement violente et absolument géniale. Dès le début, un malaise s’installe et Alfred ne laisse pas la pression redescendre d’un iota. On sent que ça va être crade, que ça va prendre aux tripes. Si on se prend d’une part la violence du récit en pleine gueule, le dessin d’Alfred instaure un climat brutal et très agressif. J’ai été happée par son trait, directement immergée dans l’univers suintant de Mortagne.
J’ajouterais que le travail sur les couleurs d’Henri Meunier est juste dingue, et participe grandement au malaise.
Je ne sais pas si je peux dire que cette BD est un coup de cœur, tellement les émotions qu’elle a suscité sont ambivalentes, mais c’est très clairement une lecture qui a eu un énorme impact sur moi. Si vous souhaitez découvrir le trait d’Alfred dans un registre plus léger, je vous conseille Castelmaure, une BD qui avait été, lors de sa découverte, un énorme coup de cœur ! 

 

Une œuvre parue aux éditions Delcourt

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