Dans le cadre d’un challenge lecture sur Instagram, je devais lire un livre écrit par une auteure irlandaise pour le mois de mars. J’ai choisi Girl, d’Edna O’Brien. Pas parce que le résumé me plaisait particulièrement, je dois le dire. Mais parce que c’était un livre court et que, justement, la quatrième de couverture était une invitation à sortir de ma zone de confort. Retour sur la lecture de Girl et critique du livre. 

Dans Girl Edna O’Brien dresse l’archétype des prisonnières

L’histoire s’inspire d’un fait réel, survenu en 2014. 276 lycéennes ont été enlevées par le groupe terroriste Boko Haram. Maryam est une de ces adolescentes nigériane kidnappée avec ses camarades, après que des hommes armés ont fait irruption dans son école. Emmenées de force à travers la jungle, elles atterrissent dans un camp. La terreur est omniprésente. Le pire devient une notion qui se relativise d’elle-même, car chaque jour voit survenir une nouvelle atrocité. Affamée, terrorisée, violée et maltraitée, Maryam survit. 

Mariée de force à un djihadiste, elle parvient pourtant à s’évader avec une amie et l’enfant qu’elle vient d’accoucher. On croirait le pire derrière elle. Et pourtant. 

À son retour, celle qui est devenue une « femme du bush », doit faire face à l’hostilité des siens. Car elle a souillé le sang et l’héritage de sa famille en se mélangeant avec l’ennemi…

Couverture de Girl d'Edna O'Brien
Un roman qui prend aux tripes

« J’étais une fille autrefois, c’est fini. Je pue. Couverte de croûtes de sang, mon pagne en lambeaux. Mes entrailles, un bourbier. Emmenée en trombe à travers cette forêt que j’ai vue, cette première nuit d’effroi, quand mes amies et moi avons été arrachées à l’école. »

 

Girl, critique de livre et histoire

Une lecture oppressante

Pour une sortie de ma zone de confort, c’en était une ! Comme cette thématique me touche particulièrement, j’évite en principe de genre de lectures, qui peuvent me coller à la peau pendant des jours, voire des semaines. Edna O’Brien fournit ici un travail magistral, bien qu’extrêmement oppressant. Un sentiment qui commence dès les premières lignes, et qui se poursuit jusqu’à la fin. J’aimerais dire qu’il s’éteint en tournant la dernière page, mais ce n’est même pas le cas. C’est le type de livre qui amène immanquablement des questions telles que : « Mais comment c’est encore possible que des choses pareilles arrivent aujourd’hui ?! ». Je ne parle pas de la rage, qui a talonné le sentiment d’oppression durant toute la lecture, et qui, là-encore, ne s’évanouit pas tranquillement à la fin du récit.

C’est un coup de maître que de réussir à se glisser dans la peau d’une rescapée et de transmettre autant d’émotions. Maryam livre ses sentiments et ses pensées d’un bloc, avec une simplicité effrayante. De ce qui la rendait courageuse à méprisable, j’avais absolument tout entre les mains, et c’était bien plus que ce que j’aurais souhaité savoir. J’aurais voulu fuir, quitter cet univers trop réaliste et trop violent, mais je ne pouvais tout simplement pas lâcher le livre. 

Il faut dire que Edna O’Brien donne tellement ! Elle a fourni un énorme travail de recherche pour rédiger son livre, et cela se ressent pleinement à la lecture, tout comme l’empathie profonde dans laquelle elle est certainement aller puiser. 

Un travail colossal en amont

L’aboutissement de Girl ne serait pas aussi tangible si Edna O’Brien n’avait pas fourni cet extraordinaire travail d’enquête en amont. Elle s’est déplacée plusieurs fois au Nigéria pendant l’élaboration du roman. Afin d’enrichir ses connaissances, elle est partie à la rencontre de ces femmes et a écouté leurs histoires. Elle ne pouvait écrire son livre sans avoir une compréhension nette des organisations telles que Boko Haram.
Après avoir recueilli de nombreux témoignages de rescapés, d’organisations d’aides aux victimes, de médecins, psychiatres, et journalistes elle a finalement accouché de Girl en 2019. 

Ce livre est incroyablement prenant et bien écrit, mais je ne le mettrais pas entre toutes les mains. Pour ma part, cette première découverte de la plume d’Edna O’Brien me donne envie d’en lire davantage, mais à petites doses ! 

 

Si vous souhaitez découvrir l’œuvre d’une auteure étrangère qui se lit avec plus de légèreté mais qui n’en est pas moins formidable, je vous conseille la lecture de Betty Boob, une BD écrite en partie par une auteur canadienne ! 

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